INCONGRUITÉS ET PERPLEXITÉS
Quelques-unes des incongruités et perplexités les plus notables, dont la reconnaissance est inévitable dans toute approche sensée et non dogmatique du Polyptyque.
Quelles sont les réponses cohérentes, qu'il s'agisse de ces questions ou d'autres absurdités iconographiques, avancées par tant et de si éminents herméneutes ?
Où, en effet, observer les attributs de Saint Vincent (la palme du martyre, le navire, les corbeaux, la meule, etc.) dans le « Saint » — un diacre, de surcroît — qui n'arbore aucune insigne religieux ni attribut personnel identifiant (car la dalmatique ne constitue pas un attribut individuel) ?
La même perplexité vaut pour les autres figures de « saints » invoquées par d'autres thèses : où sont leurs attributs respectifs ? Et quelle est la raison de l'absence de symboles religieux, ou des attributs consacrés dans chaque cas ?
De même, on ne trouve aucun acte de vénération à l'égard du « Saint ». Un seul des présents prie avec ferveur, tandis que les autres paraissent flagrantement détachés du contexte. L'assemblée n'est pas réunie là pour lui rendre un culte. Le « Saint » apparaît comme un simple intermédiaire au sein de la composition.
On ne détecte que deux rosaires (mais dépourvus de crucifix), et une seule forme cruciforme dans laquelle le raccourcissement du bras supérieur est manifeste (rendant impossible tout parallèle avec quelque insigne connu).
Nulle part dans le Polyptyque ne se discerne la moindre référence aux campagnes militaires maghrébines d'Afonso V, à leur préparation, ni à quelque autre événement guerrier ou militaire. Le nombre de figures portant une armure, ou arborant un équipement militaire, est faible au regard du total des soixante (ou plutôt cinquante-neuf) présents.
Si l'on n'y représente ni un miracle, ni un martyre, ni même les obsèques de quelque personnage notable, quelle est la raison du rassemblement en ce lieu des 59 figures ?
On discerne deux monarques (puisqu'ils s'agenouillent sur un seul genou), non identifiés par des armoiries, des couronnes ou des emblèmes d'État, et même en admettant qu'ils soient représentés comme membres profès d'ordres militaires, aucun n'arbore d'insigne représentatif ni de collier.
Le Polyptyque dépeint toute une illustre assemblée dépourvue du moindre dispositif héraldique ou de tout autre, à une époque où l'identification expresse du rang de chaque individu était requise et extrêmement rigoureuse, au moyen de l'affichage d'emblèmes, voire, parfois, d'inscriptions insérées dans la peinture elle-même.
Pourquoi certaines figures (notamment, dans les panneaux des Pêcheurs et de la Relique) regardent-elles hors du Polyptyque (vers celui qui le contemple, s'adressant à lui), ou paraissent-elles indifférentes, ou absentes de l'assemblée, dans la mesure où elles se tournent dans une direction tout en dirigeant leur regard dans une autre ?
Qui est l'enfant qui, comme le « Saint », ne s'agenouille pas ? Et pourquoi est-il associé à une épée en miniature ?
Et le filet qui entoure les Pêcheurs dans le panneau du même nom ? Pourquoi observe-t-on, sur le dallage de ce même panneau, à la gauche de la figure qui prie au premier plan, une tache sombre qui n'est manifestement ni une ombre projetée par elle, ni par quelque autre corps visible ?
Quelle est la fonction de la corde nouée enroulée aux pieds du « Saint », dans le panneau de l'Archevêque ?
Pour quelle raison un chevalier tient-il l'épée par la lame et non par la poignée ?
Quelle est la signification de la petite boîte noire et de la planche à œillets, dans le panneau des Frères ?
Comment interpréter le coffre sans couvercle et le livre apparemment illisible, dans le panneau de la Relique ? Et si le livre est illisible, pourquoi soutient-on qu'il pourrait renvoyer aux Miracles de Saint Vincent ?
Pourquoi seuls 14 des présents portent-ils un bonnet conique et les autres non ?