Panneau 21

LE FAUX INFANT DOM HENRI, EN RÉALITÉ, DOM DUARTE

Qui est le personnage à moustache et au chapeau bourguignon dans le panneau dit de l’Infant ? Il ne s’agira pas de l’Infant Dom Henri (le Navigateur), comme le soutient la thèse officielle, ainsi que bien d’autres, en s’appuyant sur une enluminure accompagnant un manuscrit de la Chronique de Guinée d’Azurara, retrouvé au XIXe siècle à la Bibliothèque nationale de Paris.

Tout porte à croire qu’elle y fut placée a posteriori (après que la devise de l’emblème qui l’accompagne eut été altérée) et inspirée du Polyptyque, et non l’inverse.

LE FAUX INFANT DOM HENRI, EN RÉALITÉ, DOM DUARTE — Panneau 21

Au sujet de la devise de l’enluminure, talant de biẽ faire, Belard da Fonseca

a démontré que son orthographe ne concorde ni avec celle employée à l’époque, ni avec celle observée sur le tombeau de l’Infant au monastère de Batalha :

talant de bien fere.

Quoi qu’il en soit, en 1960, Ernesto Soares, Luís Reis Santos, António Belard da Fonseca, parmi d’autres chercheurs et iconographes, ont démontré que la physionomie de l’enluminure contredisait les preuves fournies tant par les sources écrites que par les sources iconographiques.

Belard da Fonseca a examiné et étudié le document, in loco, à la Bibliothèque nationale de Paris, ce qui lui a permis d’analyser plus en détail les lettres et les mots de cette devise et de déceler les anomalies suivantes :

Le premier « a » de « talant » diffère par son tracé des deux autres « aa » de la légende : le second de ce mot et celui de « faire ».

Le « e » de ce dernier mot empiète légèrement sur le cercle végétal et diffère un peu des « ee » de « de » et de « biẽ ».

En regardant le cadre du portrait par la transparence du feuillet, on découvre d’autres traits à côté du « e » et sur la partie inférieure du « i » de « biẽ », que l’examen direct, non mené de cette manière, ne révèle pas.

Et au-dessus du « i » de « faire », on voit un trait doré qui se prolonge obliquement jusqu’au rameau entrelacé […].

Pourquoi la devise paraît-elle insérée à grand-peine à l’intérieur des deux cercles végétaux de cette bordure, de telle sorte que, pour faire tenir « talant de », aucun espace n’a été laissé entre les deux mots et le « e » même de la particule a dû être doublé, le même phénomène se produisant pour « biẽ », lequel, afin de tenir, fut joint à « faire » et dut être abrégé par un tilde sur le « e » final ?

Selon toute vraisemblance, il ne s’agira pas de l’Infant Dom Henri (le Navigateur), mais de son frère le roi Duarte.