CHEVALIERS
Le panneau dit des Chevaliers commémore la participation de la Chevalerie internationale (bourguignonne) à la campagne pour la fondation du Cinquième Empire.
Le dessin sous-jacent révèle des modifications successives apportées afin d'atteindre le résultat souhaité.


Le costume des quatre chevaliers est entièrement distinct, chaque chevalier portant une couleur différente (pourpre, vert, rouge, noir), sans qu'il n'y ait même deux toques de la même couleur.
Leurs épées sont ornées de fils de couleur différente : or pour le chevalier vert, argent pour le rouge, noir pour le pourpre.
Chaque chevalier porte des accessoires singuliers qui le distinguent des autres sans le moindre doute : une perle et une croix brisée suspendues au cou, respectivement chez les chevaliers vert et pourpre ; un heaume unique sur la tête de celui en noir, une petite bourse suspendue à la ceinture de celui en rouge.
Deux des chevaliers présents arborent, au cou, des objets difficiles à expliquer, mais aux connotations symboliques flagrantes.
Les chevaliers vert et pourpre ont en commun non seulement la rareté des joyaux qu'ils portent au cou. Tous deux possèdent également des ceintures insolites et symboliques : le chevalier pourpre a la ceinture (détachée) enroulée autour du fourreau. Le chevalier vert porte deux ceintures – la boucle de la première s'aperçoit en marge près de sa main, et par conséquent la ceinture qu'il porte en bandoulière est, peut-être, celle qui soutient l'épée.
Puisque le panneau des Chevaliers est l'un de ceux qui ne présentent aucune trace de rognage latéral, la disparition des courroies soutenant le fourreau au bord du panneau était intentionnelle.
Le chevalier rouge aussi, comme celui qui s'agenouille devant Charles le Téméraire (dans le panneau adjacent du Pouvoir Temporel), arbore des ceintures nettement enroulées autour de leurs épées respectives.
Dans le Polyptyque sont représentées sept épées de type « crabe », en raison de la forme que prend la double garde près de la poignée.



Six d'entre elles sont plates, le type le plus utilisé à l'époque, avec de petits éléments décoratifs, la septième étant celle, en miniature, que tient l'Enfant, arrondie, avec les pointes des gardes en forme de petites sphères. Très probablement celle-ci fut forgée exclusivement pour le jeune garçon, étant donné sa taille réduite, et présente par conséquent les dernières innovations techniques, dont la nouvelle forme de garde est un exemple.

Le chevalier rouge tient l'épée par le fourreau ; avec cette manière insolite de saisir l'arme, ne manifesterait-il pas la façon dont il était lié à l'épée, ou l'épée liée à lui, et n'indiquerait-il pas son appartenance à l'Ordre de l'Épée ?
La pièce d'équipement militaire la plus étrange du Polyptyque, puisqu'elle ne ressemble à aucun des modèles en usage à l'époque, est le heaume du chevalier vêtu de noir, également caractérisé par sa barbe et ses longs cheveux.
Sa ressemblance avec un type de heaume employé par les Musulmans a déjà été suggérée, d'où l'identification peu plausible de ce chevalier à une « figure maure » ou à un « guerrier azanaghi », associé aux campagnes du Maghreb.


Malgré la simplicité de sa forme, il présente quelques caractéristiques qui méritent d'être mentionnées : il comporte plusieurs entailles dans le bord doré, ce qui indique qu'il ne s'agit pas d'un objet dénué de valeur, et il reflète une tache lumineuse en forme de fenêtre à colonne centrale et double arcade, déjà identifiée à la fenêtre de la Tour d'Asilah, qui a survécu jusqu'à nos jours.
Dans ce cas également, nous pourrions être en présence d'un objet emblématique symboliquement associé au personnage, sans doute important et vraisemblablement reconnaissable par ses contemporains.