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L’ENFANT EMPEREUR DES DERNIERS JOURS

Il est la figure individuelle la plus importante du Polyptyque, après Melchisédech, car, comme lui, il a été représenté debout, tenant une épée miniature, au centre géométrique de la composition (là où se croisent les diagonales respectives).

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Points de fuite du Polyptyque – Almada Negreiros

De son nom D. Gonçalo Afonso de Avis Trastâmara Fernandes, il naquit le 6 mars 1476, fils du roi Afonso V et de sa nièce D. Joana, reine de Castille.

Il fut banni de force à Madère, où il épousa D. Isabel Fernandes de Andrade, fille de Fernão Dias de Andrade et de Beatriz Delgado.

Il y vécut comme le Caché, la tradition locale voulant que l’un de ses descendants soit le « Sauveur de l’Humanité » lorsqu’il tirera l’épée du Désiré d’un rocher de l’Île.

Le vicomte de Porto da Cruz a consigné cette tradition madérienne, selon laquelle l’épée de D. Sebastião se trouve fichée dans la Penha da Águia :

« Contournant vers l’est la Ponta de S. Lourenço, sur la Côte de Madère, s’ouvrent de grandes anses où la mer se repose un peu de sa fureur incessante contre les roches basaltiques, toujours impassibles. À la tête de la plus grande de ces anses, abritée par le rocher gigantesque de la Penha da Águia, qui surgit de la mer et s’avance dans les terres, se trouve le petit hameau de Porto da Cruz. <w:t xml:space="preserve">

Cernée de roches de lave noire pétrifiée, l’agglomération ne peut s’étendre aisément. Mais les champs qui se déploient, gravissant le versant des montagnes gigantesques, sont peut-être les plus riches et les plus beaux de toute l’Île. Les montagnes se revêtent de diverses nuances de Vert. À travers les bois centenaires qui descendent dans des gouffres vertigineux, de puissants torrents d’eau cristalline plongent en écumant.

Dans l’ancien Manoir de Lombo dos Leaes, à Porto da Cruz, où une branche de ma Famille était attachée à la terre, j’ai passé les plus beaux jours de ma vie. Face au manoir, par-delà collines et vallées, se gonfle le dos gigantesque du Titan qui abrite l’agglomération. C’est la Penha da Águia. Contemplant l’immense rocher, du côté de Faial, ses pentes sont accessibles, vertes et fertiles, mais au-dessus de Porto da Cruz la Penha da Águia est dénudée, abrupte, déchirée de cavernes qu’aucun être humain n’a jamais atteintes.

Dans la lumière incertaine du crépuscule, ces cavernes évoquent les grands yeux ténébreux des monstres qui peuplaient les légendes de la Mer Ténébreuse, que les Portugais ont ouverte. À pic au-dessus de la mer, la Penha da Águia tombe à la verticale, sur plus de trois cents mètres, comme si de fantastiques engins l’avaient ainsi taillée.

Mais le rocher, ainsi taillé à la verticale, possède une « corniche », inaccessible, qui servit de motif à la fantaisie populaire pour créer la légende selon laquelle l’Épée de D. Sebastião y fut fichée par un puissant « génie », et ce n’est que le jour où un homme à l’esprit fort parviendra à atteindre ce lieu que l’enchantement sera rompu [...] ».

Bien que tenu en réclusion, il vécut avec une grandeur princière sur l’Île de Madère, où chaque année arrivait de Lisbonne un navire chargé de tout ce dont il avait besoin.

Gonçalo Fernandes détenait le rang de moço fidalgo, ainsi que ses fils, avec l’Habit du Christ. Il fut intendant (vedor) du prince D. Fernando, successeur de l’Infant Dom Henri (le Navigateur) dans l’administration de l’Ordre du Christ, et père du roi Manuel. La tradition veut, selon Afonso de Dornellas, que ses descendants aient possédé une lettre originale que le roi Afonso V lui avait écrite, attestant qu’il était son père et que sa mère était D. Joana, l’« Excellente Dame ».

Il fonda la chapelle de Notre-Dame de la Conception, à Serra de Água, dans la paroisse d’Arco da Calheta, qui devint le chef d’un majorat (morgado) qu’il institua pour son aîné, dans un testament fait conjointement avec son épouse. Cet ermitage avait son propre chapelain, et était pourvu de beaux ornements et de peintures.

Il y plaça pour armoiries les quinas portugaises en sautoir sur une croix de l’Ordre du Christ.

Des mêmes armoiries il scella le testament sous lequel il mourut le 13 juillet 1539 :

« Acte du décès de Gonçalo Fernandes : le 3 janvier de ladite année mille cinq cent quarante, dans le [...] [115]// de cette maison du Saint-Esprit, mourut Gonçalo Fernandes de Serra de Água, qui trépassa en sa propriété d’Atouguia ; auprès duquel moi, Salvador Gonçalves, en tant que curé que je suis à présent de cette église du Saint-Esprit, dès que je fus assuré de son infirmité, je me rendis pour l’assister et pour savoir s’il souhaitait recevoir chacun des trois sacrements de la Sainte Mère l’Église nécessaires à l’heure de la mort ; il fut dit par ses fils qu’il les avait déjà reçus de Frère Diogo, vicaire de São Brás, lequel, par nécessité et afin de forcer et de rompre la possession et la juridiction de cette maison du Saint-Esprit, fit de même ; et après sa mort je me rendis avec le clergé bénéficiaire pour recommander son âme et pour demander à voir son testament afin de savoir où il souhaitait sa sépulture ; ce qui me fut refusé, et, sans en avoir eu connaissance, je fus de nouveau contrecarré par ledit Frère Diogo dans la recommandation dudit défunt, et il l’emporta à l’ermitage de la Conception hors de cette paroisse ; c’est pourquoi je n’eus ainsi nulle connaissance de son testament ; ce n’est que par ouï-dire que je sais qu’il fit un testament, approuvé par Diogo Fernandes, notaire de cette ville.

Salvador dAmill »

L’ENFANT EMPEREUR DES DERNIERS JOURS — Panneau 12
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Sur la dalle sépulcrale de marbre étaient gravés son nom et, en demi-relief, la figure d’un enfant au visage couvert de la main gauche, le coude appuyé sur un crâne, et de la main droite pointant la sentence tirée du livre de la Sagesse (V, 13) : "Sic et nos nati continuo desivimus esse" (Et nous aussi, à peine nés, nous avons cessé d’être).

C’est lui qui avait le droit de succéder au trône de Castille et de Portugal, mais le roi João II, pour des raisons politiques, dissimula sa naissance et l’exila de force.

La taille réduite de l’épée de l’Enfant s’explique par le fait qu’elle est une réplique en miniature de l’épée, symbole de pouvoir et de commandement, offerte, en 1475, à D. Isabel la Catholique, usurpatrice du trône qui appartenait à sa mère, D. Joana.

Cette arme symbolique corrobore l’affirmation selon laquelle il était l’héritier légitime du trône de Castille, en droit de la porter.

En outre, l’examen de l’épée de l’Enfant corrobore également la date de réalisation du Polyptyque (1478 à 1481).

De fait, il convient d’abandonner définitivement la thèse selon laquelle l’Enfant représente le prince D. João, fils du roi Afonso V et futur roi João II, comme le propose à tort la majorité des herméneutes.

Or, quelle que soit la date du Polyptyque (jamais antérieure à 1467), D. João aurait eu au moins 12 ans, ce qui ne saurait être admis comme âge probable de l’Enfant.

D’autres, non moins dans l’erreur, soutiennent que le visage de l’Enfant aurait été repeint afin qu’il pût être identifié au prince D. Afonso, fils du roi João II et donc petit-fils du roi Afonso V. En ce cas, la présence dans le Polyptyque de son père, D. João, deviendrait obligatoire et évidente, or celui-ci, comme on le sait, n’y est pas représenté car, en ce cas, il serait aisément identifié.

En calculant la taille de l’Enfant dans le Polyptyque, on constate qu’elle n’excède pas un mètre et cinq centimètres, correspondant à celle d’un enfant de quatre à cinq ans (au maximum), précisément l’âge de Gonçalo Fernandes en 1481, année probable de l’achèvement du Polyptyque.

L’existence d’un fils de lui et de D. Joana, reine de Castille, dont le trône avait été traîtreusement usurpé par Ferdinand et Isabelle, futurs Rois Catholiques, ainsi que la mort de son cousin, Charles le Téméraire, rendit évident à D. Afonso que la Mission transcendante, reçue en héritage de ses ancêtres, n’avait pas été annulée mais simplement reportée à un avenir indéterminé, demeurant, de toute manière, destinée à s’accomplir par l’intervention de ses descendants.

Le Polyptyque aura été conçu comme un moyen de préserver et de transmettre le message à ses descendants directs (le premier plan des panneaux centraux) et à d’autres personnes (au sein et hors de la Nation portugaise, mais surtout portugaises et bourguignonnes), liées d’une manière ou d’une autre à la Mission à accomplir, peut-être sans pleine conscience d’être elles aussi des acteurs du processus (l’arrière-plan de ces mêmes panneaux).

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La confirmation de ce dessein se lit dans la partie finale de l’inscription figurant sur la botte de l’Enfant, laquelle désigne le roi Afonso V et D. Joana, c’est-à-dire “d A .S. Y” (i. e., « donateurs Afonso, ainsi que Yoana »), comme commanditaires et donateurs du Polyptyque.

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J’adopte la suggestion de Clemente Baeta de placer la bande dans une position qui

correspond à l’angle de vision, ou de lecture, qu’a l’Enfant lorsqu’il

regarde la pointe de la botte de son pied gauche

Le bonnet de l’Enfant occupe une position symétrique à celle du bonnet composé de deux moitiés unies par 3 nœuds d’Amour, tous deux surmontés de perles.