CHARLES LE TÉMÉRAIRE
Le duc de Bourgogne, cousin germain du roi Afonso V, est le personnage agenouillé sur le genou gauche dans le panneau du Pouvoir temporel (de l’Archevêque).
« Nous les Portugalois », ainsi se définissait-il, ce fils de l’Infante D. Isabel, sœur du roi Duarte, soulignant la parenté qui le liait au Portugal et à l’Illustre Génération, à laquelle il était fort fier d’appartenir.


Charles le Téméraire pose sa main droite sur son cœur, et le « Saint » désigne, lui aussi de la main droite, le même endroit sur la poitrine du duc de Bourgogne, comme pour corroborer l’intention ainsi exprimée.
Les quatre autres personnages qui entourent la figure royale de Melchisédech dans ce panneau sont nécessairement membres de familles apparentées à celle de Bourgogne.
Les onze personnages à l’arrière-plan (5 + 6) sont majoritairement des clercs de l’Église romaine, à l’exception de celui qui tient un livre, souvent identifié comme un « chroniqueur ».
La vie du dernier duc de Bourgogne, le seul des trois fils d’Isabel à atteindre l’âge adulte, fut marquée par une activité militaire presque constante, visant à étendre ses domaines au-delà du territoire du duché et, surtout, invariablement orientée vers l’émancipation de la vassalité envers la Couronne de France.

Néanmoins, après la mort de son père, les actions de Charles trahirent des desseins non compatibles avec la seule indépendance susmentionnée.

En effet, le duc Charles en vint à être considéré comme un possible Empereur du Saint-Empire romain germanique, prétention jamais ouvertement confirmée mais qui aurait engendré une confrontation directe avec Frédéric III d’Allemagne, alors détenteur du titre.
Charles de Bourgogne épousa, en premières noces, Isabelle de Bourbon, cousine de Louis XI, mariage dont naquit sa fille unique, Marie de Bourgogne, qui devait épouser Maximilien, futur Empereur du Saint-Empire romain germanique, fils de Frédéric III et de D. Leonor, sœur d’Afonso V. Charles se remaria, en secondes noces, avec la princesse anglaise Marguerite d’York.
La bibliothèque rassemblée dans le duché était alors, comme l’attestent les catalogues subsistants, l’une des plus vastes d’Europe, et, à côté des romans de chevalerie, l’on y lisait en latin les auteurs de l’Antiquité, ainsi que leurs interprètes et continuateurs respectifs, les ducs encourageant la traduction de nombreux ouvrages.
Un exemple de telles traductions fut la Cyropédie de Xénophon, que la Duchesse commanda à un illustre humaniste de son cercle, le Portugais Vasco de Lucena, dont Isabel cherchait à inculquer les principes politiques à son fils : il s’agit, en effet, d’un récit où l’éducation romancée de Cyrus, roi des Perses, expose le modèle du Prince parfait, équilibré, juste, humain et attentif à la voix de ses sujets.
Il n’y a donc pas lieu de s’étonner de l’intérêt de Charles pour la culture classique, car il avait été initié aux paradigmes de la chevalerie par la connaissance de son histoire et de sa littérature et stimulé par les récits épiques et les faits d’armes où étaient célébrés ensemble des figures historiques, telles qu’Alexandre le Grand, ou mythologiques, telles qu’Hercule.
Dans le Polyptyque, la lance que tient Charles et le bâton de Melchisédech forment entre eux un angle de 19°.