D. JOANA DE TRASTÁMARA, L'EXCELLENTE DAME
(1462-1530)
La Dame qui fait face au roi Afonso V a été identifiée comme D. Isabel, première épouse de l'Africain.


Je crois plus plausible de l'identifier à D. Joana, l'Excellente Dame, car elle pose sa main gauche sur son ventre pour indiquer la maternité de l'Enfant Empereur des Derniers Jours.
Vont dans le même sens les lettres A et Y (Afonso et Joana) dissimulées dans la coiffe (hennin).
Celle-ci est surmontée d'un feuillage qui ressemble à des flammes.
Sous sa robe, elle porte un jupon vert (l'espérance).
L'Excellente Dame était la fille d'Henri IV et de D. Joana, roi et reine de Castille. En Castille, on la connaissait sous le nom de Beltraneja, car on la disait fille de D. Beltrán de la Cueva et de la Reine.
Elle finit par se retrouver au Portugal après avoir, à plusieurs reprises, été tenue pour héritière du trône de Castille et, autant de fois, privée de cet héritage, jusqu'à ce que ses partisans et, partant, ceux de son père, persuadent le roi Afonso V de Portugal de l'épouser et de prendre ainsi possession du trône dont D. Joana était l'héritière légitime.
Le roi Afonso et sa nièce partirent vers la frontière ; ils entrèrent à Plasencia, où ils se marièrent, en 1475, et là ils furent acclamés comme Souverains, afin qu'il n'y eût aucun doute quant à la possession.
Au chapitre CLXXVIII (Comment le Roi arriva à Plasencia, où il fut publiquement juré comme Roi, et marié à la reine D. Joana, et d'autres matières) de sa Chronique du roi D. Afonso V, le chroniqueur Rui de Pina (1440-1520) rapporte ce qui advint :
« Et dans cet appareil, sans aucune rencontre ni alarme hostile, le Roi arriva à la cité de Plasencia, où la reine D. Joana l'attendait déjà. Et avec elle le duc d'Arévalo, lesquels étaient seigneurs de ladite cité, et avec eux le marquis de Villena et le comte d'Oroña et maints autres seigneurs ; et le Roi logea avec la Reine au sein de la forteresse, où pendant quelques jours il y eut de grandes fêtes et réjouissances, durant lesquelles fut délibérée la manière de la réception du Roi avec la Reine, et son élévation comme Roi, qui se fit sur un haut et très riche échafaud dressé sur la place de la cité, sur lequel le Roi et la Reine se tinrent tous deux ensemble.
Et là, après que la solennité des épousailles eut été publiquement accomplie, comme il convenait en pareil cas, aussitôt, avec cérémonies de trompettes et de rois d'armes, à voix haute ils furent, par les seigneurs qui étaient présents et par maints autres détenant leurs procurations, élevés et jurés comme Roi et Reine de Castille, et comme tels on leur baisa les mains, et des actes publics en furent dressés.
Et dès lors, le Roi se fit appeler D. Afonso, roi de Castille et de León et de Portugal, etc., et il appela la Reine son épouse, avec laquelle ni alors ni par la suite il ne consomma jamais le mariage, faute d'une dispense qu'il n'avait pas et qu'il n'obtint jamais ».
Le mariage ne fut pas confirmé par le Pape, sur l'insistance des Rois Catholiques, au motif qu'ils étaient parents à un degré très proche, ce qui, du reste, était le cas des monarques espagnols, parents à un degré plus proche encore.
Elle fut fiancée des dizaines de fois avant et après son mariage avec le roi Afonso V, mais ne se remaria jamais.
Par un traité d'alliance entre le roi Afonso V et le roi de Castille, ce dernier imposa le bannissement de D. Joana au monastère de Santa Clara à Coimbra, où « l'Excellente Dame » prononça ses vœux sous la contrainte.
Après avoir prononcé ses vœux, elle abandonna le cloître, à plusieurs reprises successives, afin de se marier, ce qui n'advint jamais, revenant toujours prononcer ses vœux une fois de plus.
Elle se fit appeler reine de Castille jusqu'à sa mort, mais ne monta jamais sur le trône, ayant fait don du Royaume, qu'elle ne posséda jamais, par testament au roi Jean III de Portugal.
De son mariage avec le roi Afonso V naquit un fils qui vécut toujours dans la clandestinité, car sa vie était en péril chaque fois qu'il était question d'un nouveau mariage pour sa mère.
La représentation de la lettre Y (pour Yoana = Joana) apparaît au Portugal au moins dès la fin du XIIe siècle, en lien avec l'ancienne interprétation d'un emblème représentant le dilemme de l'Homme devant le choix entre le Bien et le Mal. En ce sens, la dite Littera Pythagorae en vint à être un symbole de Jésus, faisant allusion, bien entendu, à la première lettre de Son Nom, Yesus.
Au Portugal, la tradition exégétique et théologique de la Littera Pythagorae eut pour centre le monastère de Santa Cruz à Coimbra et l'Ordre des Chanoines Réguliers de Saint Augustin. Sur le sceau de D. Afonso Martins, prieur-majeur de ce monastère (1399), apparaît un Y soutenu par deux anges exerçant leur office de messagers du Verbe Divin.
Dans les milieux laïcs, le Y fut employé surtout par les membres de la Maison d'Avis, à commencer par son fondateur, qui l'avait adopté parce qu'il coïncidait avec la première lettre de son nom, plusieurs monnaies et pierres tombales portant le Y couronné subsistant encore. Divers autres membres de la même dynastie reprirent cette symbolique ; naturellement D. João II, mais aussi D. Brites, mère du roi Manuel, qui fit de ladite lettre, placée entre quatre chaînes de montagnes, sa devise.
Hors de la Maison Royale, le Y fut également employé par des membres de la noblesse, principalement sous la forme d'une devise. Tel est le cas de D. Fernando de Meneses et de son épouse D. Brites de Andrade, qui adoptèrent le Y pour devise, ainsi qu'il est représenté sur le tombeau commun de Santa Clara à Vila do Conde.