LA RELIQUE ET L'ARCHE D'ALLIANCE
Dans le panneau du même nom, on peut observer une relique, indubitablement un os du crâne, prétendument de Saint Antoine, rapportée de Padoue par l'Infant Dom Pedro.
Cette relique, indépendamment de son identification anatomique exacte, évoque nécessairement l'Arche d'Alliance, car Saint Antoine fut connu en son temps comme « l'Arche du Testament », ou « Arche d'Alliance », en raison de la sagesse accomplie exposée dans ses sermons et dans les leçons qu'il dispensa à l'Université de Padoue.

Dans son testament, Afonso V demanda des prières d'intercession pour son salut adressées uniquement à la Vierge Marie et à Saint Antoine.
Non seulement la coiffe du moine éthiopien se distingue de toutes les autres, mais elle porte en outre une croix dessinée qui, de même, ne figure sur aucune autre.
En créant une apparence de symétrie avec la planche de bois munie d'œillets, reposant sur l'épaule gauche du moine éthiopien dans le panneau des Frères, le coffre de bois vide dans le panneau de la Relique suggère une relation entre les deux objets. Cela demeure vrai nonobstant le fait que le moine aux longs cheveux et à la longue barbe et le gardien de l'arche ne concordent pas dans la direction vers laquelle ils sont orientés.



La largeur de la planche, en raison de la similitude de ses dimensions, donne l'apparence d'être le couvercle de l'arche, étant, de surcroît, trop étroite pour un cercueil.
On reste avec l'impression que les barres transversales sombres peintes en deux couleurs différentes à l'intérieur de l'arche (semblables à des marches ascendantes) ne paraissent pas être une particularité fortuite. De même, les planches latérales de l'arche, au lieu de s'achever aux points où elles rencontrent la planche supérieure du panneau, se prolongent verticalement au-delà de celle-ci et hors de la peinture, renforçant la suggestion d'ascension.
Le gardien de l'arche tient deux bâtons, chacun aligné sur l'autre, qui créent l'illusion d'un unique long bâton, bien qu'il n'y ait aucun bâton dans l'intervalle entre ses deux mains.


Cela est intentionnel, puisque, dans l'ensemble du panneau de la Relique, la seule altération visible du dessin sous-jacent se produit précisément dans la position des mains qui tiennent les deux bâtons, et consiste uniquement en une modification de l'espace qui les sépare : dans la version originale, les deux mains se croisaient, dissimulant la séparation des bâtons.
On présume que ces bâtons pourraient être destinés à porter l'arche, étant à cette fin enfilés à travers des anneaux qui, si je ne me trompe, sont visibles dans le panneau.
S'il s'agit en effet, comme je le crois, d'une allusion à l'Arche d'Alliance — ce que l'ambassade envoyée par l'Infant Dom Henri (le Navigateur) aux Éthiopiens (qui la réciproquèrent), en vue d'organiser une nouvelle Croisade pour libérer Jérusalem du joug musulman, contribue à expliquer — pourquoi est-elle montrée ouverte ?
Je crois que la raison principale d'un tel choix découle de la conviction que, dans le futur Âge du Paraclet, tel qu'Afonso V le prédit, il deviendrait inutile de tenir secrets les fondements formels de la religion institutionnelle : les 10 commandements inscrits sur les Tables de la Loi contenues dans l'Arche d'Alliance n'auraient plus besoin d'être imposés à la manière de la prédication de Moïse (Âge du Père), ou de celle de Jésus (Âge du Fils), car après la Fin de l'Histoire, à l'Ère du Saint-Esprit, la rédemption de l'humanité serait consommée et, en vertu d'elle, sa libération définitive de toute contrainte religieuse externe ou de tout dogme.
Il reste à noter l'existence presque imperceptible d'un ensemble de neuf œillets sur le couvercle de l'arche, formant une configuration faisant peut-être allusion à autant d'étoiles des Pléiades, de l'Amas (M45) desquelles procédera, selon une vénérable tradition astrologique (assurément familière à un astrologue aussi accompli qu'Afonso V), un phénomène céleste de proportions inhabituelles et de caractère eschatologique désigné comme l'un des signes prognostiques de la Fin de l'Histoire.