LE FAUX JUIF, EN RÉALITÉ, OLIVIER DE LA MARCHE
Le panneau dit de la Relique a été l'un des plus débattus et analysés, sans pour autant qu'on soit parvenu à une quelconque conclusion plausible, et ce en raison de l'hypothèse formulée dès les premières appréciations du Polyptyque, selon laquelle l'homme corpulent en question était un Juif.

Le livre qu'il brandit n'a aucun lecteur au sein du tableau ; il est destiné uniquement à être montré vers l'extérieur, au-delà de celui-ci.


Belard da Fonseca fut le premier à douter du lien juif de la figure en question et, partant de là, à l'identifier comme Olivier de La Marche.
Mais qui était Olivier de La Marche, et quelle fut sa part dans le pacte conclu entre Afonso V et Charles le Téméraire, pour qu'il mérite la place de premier plan qu'il occupe dans le Polyptyque ?
Olivier de La Marche naquit en France, très probablement en l'an 1426, et devint dès son plus jeune âge page à la Cour du Duc de Bourgogne.
De sept ans l'aîné de Charles, il fut son page puis, plus tard, son écuyer, lorsque le futur Duc de Bourgogne portait encore le titre de Comte de Charolais.
La raison exacte pour laquelle Olivier quitta la France afin de servir en Bourgogne demeure inconnue, précisément au moment où le Duc Philippe le Bon, père de Charles et allié de l'Angleterre, était en guerre contre Charles VII, Roi de France.
En sa qualité d'écuyer de Charles, Olivier de La Marche prit part aux conflits entre Louis XI et les membres de la Ligue du Bien public, formée par les princes mécontents du Roi de France.
À la bataille de Montlhéry, Olivier de La Marche, désormais chevalier et commandant de la garde personnelle de Charles, se conduisit héroïquement et fut récompensé par les éperons d'or, véritable titre de noblesse. À partir de 1467, année de la mort du Duc Philippe, il demeura le compagnon d'armes du Duc Charles.
En 1477, après la bataille de Nancy au cours de laquelle Charles perdit la vie, La Marche se réfugia à la cour de Frédéric III, Empereur d'Autriche, accompagnant Marie de Bourgogne, la fiancée du Prince Maximilien, qu'elle épouserait cette même année.
De La Marche y passa le reste de sa longue vie, mourant en l'an 1502, lorsque Maximilien occupait le trône de l'Empire d'Autriche.
Contrairement à la conviction de Belard da Fonseca, Olivier de La Marche était un homme d'armes et non un chroniqueur, nonobstant ses deux livres de mémoires, le premier couvrant la période du gouvernement de Philippe le Bon, et le second celle de son séjour à la cour de l'Empereur d'Autriche, où Olivier aurait été le précepteur d'Alexandre, fils de Maximilien.
Une raison plausible de l'apparition de La Marche dans une scène du Polyptyque doit résider dans la circonstance qu'il vint au Portugal au sein de l'ambassade du Doyen de Vergy, envoyé spécial de la Duchesse de Bourgogne, D. Isabel, sœur du Roi Duarte, mariée à Philippe le Bon, dans le but de défendre devant le Roi l'innocence du Prince Pedro et de ses enfants, ainsi que celle des cousins et beaux-frères d'Afonso V, qui s'étaient réfugiés à la cour de Bourgogne après avoir été chassés du Portugal.
Le Roi Afonso V aurait fait sa connaissance à cette occasion et lui aurait communiqué quelques-unes des principales lignes de son projet millénariste. Il l'aurait assurément reconnu lors de la rencontre avec Charles dans le camp pendant le siège de Nancy, plus de vingt ans plus tard.
Il n'est pas possible de savoir quels furent les sujets de la conversation entre Afonso et Charles, mais on peut présumer que furent abordées des questions touchant au pacte conclu entre les deux, à la Quête du Graal, et aux entreprises que chacun, à sa manière, se proposait d'engager en vue de la consommation du Cinquième Empire.
Sur le vêtement de La Marche il n'y avait à l'origine aucune étoile à dix ou six branches.
Lorsque les Panneaux furent découverts, l'étoile rouge comptait dix branches, ultérieurement réduites à six lors de la restauration menée par Luciano Freire, afin de coïncider avec la teneur des dispositions énoncées dans les Ordenações Afonsinas, qui contraignaient les Juifs à arborer des signes rouges à six branches (Étoile de David) sur la région située au-dessus de l'estomac.
Le dessin original correspondait exactement à un sautoir, ou croix de Saint-André, devise héraldique de la Maison de Bourgogne, comme Garcês Teixeira le démontra le premier en 1945. Il écrivit alors :
« On sait que cette étoile, qui a aujourd'hui six branches d'une symétrie imparfaite,
avait, avant la dernière restauration, huit branches, ayant alors été constaté que les deux retirées n'appartenaient pas à la peinture originelle. La radiographie désormais prise, qui m'a été aimablement fournie par M. le Directeur du Musée d'Art Ancien (ainsi que la photographie de l'ensemble des panneaux), montre que les deux branches verticales n'appartiennent pas davantage à la peinture originelle, laquelle se résume, comme on le voit à la radiographie, à un sautoir, qui doit être simplement la Croix de Bourgogne. ».


En outre, la dimension de l'« étoile à six branches » originale était bien supérieure à celle prescrite dans les Ordenações Afonsinas, ce qui permet d'inférer qu'il ne s'agissait pas du symbole discriminatoire que les Juifs étaient obligés d'arborer.
Quant à la lecture du livre en latin, si elle avait été une fantaisie de la part du Dr Belard da Fonseca, comment aurait-il pu trouver un passage cohérent, logique et clair, faisant référence à un événement historique entièrement lié à la connaissance qu'avait Olivier de La Marche des conséquences d'Alfarrobeira et, qui plus est, évoquant l'intervention miraculeuse de Saint Antoine ?
Sur la page de droite du livre, publiée dans le premier volume de son ouvrage, on lit ce qui suit, après la traduction du latin :
1ʳᵉ colonne : « Le Cardinal Jacques, fils du Prince Pedro de Portugal, implora Saint Antoine qu'une sépulture fût faite pour le corps de son père en l'Église de Sainte-Marie »
2ᵉ colonne : « Saint Antoine, par sa sainte vie, vertueuse et très pieuse, fit en sorte que les os sacrés du Prince Pedro de Portugal fussent ensevelis en l'Église de Sainte-Marie, au mois de Juillet 1455 ».
Dans le quatrième volume, Belard da Fonseca ne parvient que partiellement à interpréter la colonne de droite du feuillet plié, où il lit :
à la 4ᵉ ligne le nom latin de Jean Jouffroy, sous la forme J. YOFRIDI, et, au début de la 5ᵉ ligne, CANI, c'est-à-dire la partie finale du mot latin DECANI, soit doyen.


J. Y O F R I D I
Notons encore, détail significatif, que l'index de la main droite du personnage représenté se trouve précisément entre ces deux lignes (la 4ᵉ et la 5ᵉ), comme pour signaler l'endroit où se trouve ledit nom.